Le Printemps (détail), 1477-1478, Sandro Boticelli (1445-1510)
Page manuscrite du canapé intitulé « Bobin », en date du 10 mars 2010, Denis Payette

Denis Payette

« Je suis un peintre qui écrit, mais j’aspire de plus en plus à devenir un poète qui peint. »

Cléopâtre testant des poisons sur des prisonniers (détail), 1887, Alexandre Cabanel (1823-1889)

Cléopâtre testant des poisons sur des prisonniers (détail), 1887, Alexandre Cabanel (1823-1889)

Hors-d'œuvre

et canapés littéraires

Les hiéroglyphes — 10 mars 2010

Mon écriture ressemble de plus en plus à des hiéroglyphes : indéchiffrable. Si j’écrivais avec des crayons de couleurs différentes, mes brouillons ressembleraient à des toiles de Kandinsky. Indéchiffrable? Je ne crois pas que ce qualificatif puisse s’appliquer à l’écriture : les chiffres et les lettres n’obéissent pas à la même logique.

Écrire n’est pas penser, mais « donner à penser ». La seule logique derrière l’écriture — hormis les règles d’accord, la syntaxe, la ponctuation — c’est celle de la lecture. L’écriture n’existe que dans la mesure où elle est lue. Curieux, je n’y avais jamais pensé avant aujourd’hui!

L’écriture est toujours en retard sur la lecture, d’où l’importance d’en prendre conscience si l’on veut être lu.

Échec de l’écriture baroque, victoire du classicisme; échec de la littérature surréaliste, mais victoire de la peinture surréaliste. Double victoire de la peinture abstraite, jamais démodée.

Composition VIII, 1923, Wassily Kandinsky (1866-1944)

Composition VIII, 1923

Wassily Kandinsky

(1866-1944)

Page manuscrite du canapé intitulé « Bobin », en date du 10 mars 2010, Denis Payette

Anthony Quinn dans « Notre-Dame de Paris » de Jean Delannoy, 1956

Je regarde mes mains et je pense à mon père mort, à mon frère mort. Je pense davantage à eux depuis qu’ils sont morts.

Ma sœur me dit que j’ai les mêmes mains que mon père, que mon père mort; mon autre frère me dit que mes mains tremblent comme celles de mon frère, de mon frère mort. Je regarde mes mains et je me dis : « J’ai de vieilles mains, déjà. »

Je n’ai pas pu leur dire au revoir, ni à l’un ni à l’autre. À l’enterrement de mon frère, j’ai versé plus de larmes qu’à celui de mon père. Mon père est mort à 83 ans; mon frère, à 55 ans.

Mon père est mort dans son lit, durant son sommeil; mon frère s’est effondré sur une chaise. La mère de mon père est morte debout, en lavant ses vitres. On ne sait jamais où l’on va mourir.

Je demande à l’un et à l’autre qu’ils m’accordent le loisir de pouvoir voir refleurir les lilas au moins trente années encore. Je pourrai alors leur dire au revoir.

En attendant, une fois par semaine, ma mère de 83 ans se rend au cimetière où son mari et son fils reposent. En attendant.

C’est fou ce que la mort simplifie les choses, même les phrases.

Les mains — 10 mars 2010

Couverture du livre: Le livre de ma mère, 1954, Albert Cohen (1895-1981)

Le livre de ma mère, 1954

Albert Cohen (1895-1981)

Les cordes à linge — 10 mars 2010

« J’ai hâte de pouvoir étendre mon linge sur la corde. » C’est ce que doivent se dire ma mère et ma tante, qui habitent côte à côte, dès que le printemps se pointe.

Si l’on organisait un « Concours international des plus belles cordes à linge », ma mère et ma tante remporteraient ex aequo le premier prix!

Aux dires de ma mère et de ma tante, « tout le monde ne peut pas se vanter de savoir faire de belles cordes à linge. » C’est un art qui se transmet de mère en fille, et toutes les filles ne peuvent pas se vanter d’avoir une bonne mère, toutes les mères d’avoir de bonnes filles. Toutes les filles ne font pas nécessairement le bonheur de leur mère, ni les mères celui de leurs filles. Et quand elles étendent leur linge, les femmes pensent à leurs filles, à leurs garçons aussi, qu’ils soient bons ou mauvais.

C’est en les regardant faire que j’ai appris à écrire des poèmes. La même lenteur, la même application, la même patience opiniâtre à vouloir faire beau à tout prix. Le même acte d’humilité aussi, qui m’inspira un jour cette phrase qui les fit rire toutes deux :

« Maman, ma tante, votre linge est tellement blanc que j’aurais presque envie d’aller communier! »

Est-ce la bonne, s’esquintant à faire reluire les carreaux et à astiquer les casseroles, qui inspira à Baudelaire ce vers magnifique : « Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir »?

Ostensoir

Je viens tout juste d’entendre sonner les cloches : trois heures.

Je songe aux cloches de mon baptême, que j’ai forcément dû entendre, mais dont je ne me souviens plus; je songe aux cloches de mon mariage, qui n’ont jamais sonné et qui ne sonneront jamais; je songe aux cloches de ma mort, que je n’entendrai pas non plus.

Je me dis que les cloches qui sonnent les heures, la messe, les sacrements sonnent de plus en plus faux. Comme la plupart des religions.

Inutilité des cloches : on ne les entend pas plus à la naissance qu’à la mort. Pour le reste, il y a les montres, des monstres bien pires encore. Je n’ai nullement besoin de savoir l’heure à laquelle on m’enterrera.

Je hais les cloches; elles nous ramènent toujours à l’ordre et elles effraient les oiseaux.

Trois heures : il faudrait bien que je me décide à faire la vaisselle.

Les cloches — 10 mars 2010

Le bourdon, Notre-Dame de Paris, Crédit photo: André Lebeau, 2009

Le bourdon, Notre-Dame de Paris

Crédit photo:

André Lebeau

2009

Anthony Quinn dans « Notre-Dame de Paris » de Jean Delannoy, 1956

Les olives — 10 mars 2010

Dans les veines d’un poète, le sang de mille martinis et le cri agonique d’une olive qui s’y noie.

Toujours la même dose d’alcool, d’ivresse et de tristesse dans un seul vers réussi :

« Je ne mords jamais dans une olive sans penser d’abord au Christ en croix. »

Christ bleu, Deschambault, Québec, 2005, Crédit photo: André Lebeau

Christ bleu, Deschambault, Québec, 2005

Crédit photo:

André Lebeau

Vénus de Milo (vers 130-100 av. J.-C.)

« Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Écris la phrase la plus vraie que tu connais. »

Ernest Hemingway

 

Je n’aime pas vraiment écrire des cartes postales. Griffonnées à la hâte sur le coin d’une table entre deux cafés, deux sandwiches, deux musées, deux trains, j’ai l’impression chaque fois d’écrire sous la contrainte et cela m’empêche d’être vrai. A*** s’acquitte beaucoup mieux que moi de cette tâche : il en écrit au moins une par jour. Il lui arrive même, les jours où il se sent particulièrement en verve, d’en expédier à notre propre adresse. J’ai dit que je n’aimais pas écrire des cartes postales, mais je n’ai jamais dit que je n’aimais pas en recevoir. Celles que A*** m’adresse et que je découvre dans notre boîte aux lettres au retour me font toujours sourire :

Paris, 10 avril 2009

Paris est superbe au printemps. Avons visité aujourd’hui Le Louvre. Denis s’esclaffe devant la Vénus de Milo : « Pourquoi cherche-t-on à tout prix à essayer de se figurer ses bras? se demande-t-il, hilare. Et comment se fait-il que personne ne s’étonne que la statue la plus célèbre au monde souffre d’un léger strabisme? ajoute-t-il, encore plus hilare. C’est Baudelaire qui a raison : “Le beau est toujours bizarre”, conclut-il, le plus sérieusement du monde. Toujours le même attroupement monstre autour de La Joconde. Marchons dans Paris : Piaf apparaîtrait au coin d’une rue que nous ne serions pas surpris… »

À la rigueur, on pourrait écrire n’importe quoi sur une carte postale, car c’est davantage une image que des mots que l’on expédie à un proche ou à un ami, une image de soi — peut-être légèrement embellie — pour leur faire savoir que tout va bien, pour les rassurer, pour leur dire qu’on ne les oublie pas, qu’ils nous manquent, qu’on les aime.

Pour mon prochain voyage, je n’irai pas par quatre chemins : je dirai à tous mes amis, juste avant de partir, à quel point je les aime et il n’y aura que mon nom au verso de la carte que je leur ferai parvenir.

Cartes postales — 10 mars 2010

Couverture du livre : Paris est une fête, 1964, Ernest Hemingway (1899-1961)

Paris est une fête, 1964

Ernest Hemingway

(1899-1961)

Vénus de Milo (vers 130-100 av. J.-C.)

Joie — 10 mars 2010

Aujourd’hui, dix textes, onze avec celui-ci :

« Bref », « La guigne », « Bobin », « Ma grand-mère », « Les hiéroglyphes », « Les mains », « Les cordes à linge », « Les cloches », « Les olives », « Cartes postales » : une petite table des matières qui se cherche un titre. « Joie » pourrait convenir.

10 mars, dix textes, et seulement parce qu’il faisait soleil.

Joie : passer l’après-midi au soleil à écrire, à boire, à fumer, à regarder ses mains.

Il y aurait donc un dieu?

La joie de vivre, 1905, Henri Matisse (1869-1954)

La joie de vivre, 1905

Henri Matisse

(1869-1954)

À force de lire Bobin, je finirai peut-être par me convertir.

J’ignore où s’en va cet homme, mais je le suivrais comme Rimbaud a suivi Verlaine, comme Verlaine a suivi Rimbaud.

Je cherche la joie comme Breton cherchait « l’or du temps », comme Bobin, qui l’a trouvée, l’écrit.

Bobin II — 11 mars 2010

Bobin-Boubat, Donne-moi quelque chose qui ne meure pas, 1996

Bobin-Boubat, Donne-moi quelque chose qui ne meure pas, 1996

Les adjectifs — 11 mars 2010

Papier, panier, piano. Papier blanc, panier jaune, piano noir. Papier ciré, panier tressé, piano laqué. Papier déchiré, panier percé, piano faux.

Sur le piano noir, dans un panier tressé, un papier déchiré. Sur le piano tressé, dans un panier faux, un papier percé. Sur le piano percé, dans un panier ciré, un papier tressé.

Dans un panier, sur un papier, un piano NOIR. Dans un piano, un panier en papier JAUNE. Dans un panier, un piano en papier BLANC.

Exercices de style, 1947, Raymond Queneau (1903-1976)

Exercices de style, 1947

Raymond Queneau

(1903-1976)

Dans les années 80, avec la complicité de mon ami P***, j’ai fondé un club privé très sélect : le C.I.I.H. (le Club des Inconditionnels d’Isabelle Huppert). Pour devenir membre, il fallait remplir au moins trois des quatre conditions suivantes :

1) Avoir vu tous les films dans lesquels Isabelle Huppert a joué;

2) Avoir lu À la recherche du temps perdu au moins trois fois;

3) Avoir vu La Cantatrice chauve au Théâtre de La Huchette à Paris;

4) Avoir en sa possession une feuille du saule planté sur le lotissement où repose Musset au Père-Lachaise.

Nous n’avons jamais tenu de réunions, n’avons jamais dressé de procès-verbaux, et jamais personne n’a pu adhérer à notre club.

À chacune de ses apparitions au cinéma, Isabelle perce l’écran : si belle dans « Madame Bovary », si pâle dans « La dame aux camélias », si vraie dans « Violette Nozière », si drôle dans « Les Valseuses », sidérante dans « La pianiste ».

Isabelle Huppert appartient à cette race de femmes et d’hommes qui ont le privilège de ne jamais vieillir. Isabelle Huppert est la plus grande actrice au monde. Elle est née la même journée que moi.

Le C.I.I.H. existe toujours et ne compte à ce jour que deux membres. La prochaine réunion est prévue pour le 16 mars 2011. Si vous désirez devenir membre, adressez votre demande à info@denispayette.com. Il n’y a pas de frais d’adhésion.

Le C.I.I.H. — 11 mars 2010

Isabelle Huppert

Isabelle Huppert

Née le 16 mars 1955

Les orchidées — 11 mars 2010

La fascination que les orchidées exercent à travers le monde tient à ceci : ce ne sont pas des fleurs, ce sont des insectes : des papillons paralytiques!

Les orchidées sont des femmes narcissiques : elles passent leur journée à se regarder dans le miroir, à se faire les ongles, à se coiffer, à se poudrer et à boire du champagne. Les orchidées sont des dames aux camélias qui vomissent leur maquillage, affalées sur un récamier, l’air de rien.

Les orchidées ont tous les défauts du monde : orgueilleuses, capricieuses, égoïstes, superficielles et entêtées : elles s’accrochent à des riens.

Les orchidées ne se laissent jamais regarder et elles vous regardent toujours de haut.

Insatiables, impudiques, effrontées, elles offrent leurs lèvres au premier venu.

Les orchidées sont des sirènes voluptueuses, des allumeuses, des pièges à rats, des mères castratrices, des stryges assoiffées.

Les orchidées se lèvent, se lavent, mangent et s’endorment avec leurs faux cils.

Les orchidées sont des travestis.

Mado Lamotte

Mado Lamotte

Être écrivain, c’est avoir toujours un chat dans la gorge et un crayon dans la tête. L’écrivain est toujours plus ou moins mal à l’aise dans la vie, en société. C’est pourquoi il recherche toujours le fauteuil le plus confortable. Il a toujours les pieds et les doigts gelés.

Écrire, c’est s’éclaircir la voix, dégager sa gorge pour mieux respirer.

Écrire de la poésie, c’est chanter à tout prix, même au risque de chanter faux, pour libérer le surplus de notes dans la tête (ceux que l’on appelle des fous sont des poètes qui n’arrivent tout simplement pas à écrire, à respirer normalement, à chanter comme du monde).

Le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à un écrivain : une boîte de crayons Prismacolor (tous les écrivains rêvent d’écrire en couleur).

L’écrivain, s’il ne veut pas mourir, doit sans cesse avoir les doigts occupés.

On devrait toujours laisser traîner une boîte de Prismacolor et quelques rames de papier dans les salles d’attente: chez le dentiste, chez le médecin, dans les salons de coiffure, chez le vétérinaire, bref, partout où l’on se morfond. On pourrait ensuite organiser une Grande Exposition Universelle de l’Attente : les gens s’ennuient tellement.

Il y a beaucoup plus d’écrivains que l’on pense.

L’inconfort des écrivains — 12 mars 2010

Boîte de crayons Prismacolor

L’athée, le sage et le croyant — 13 mars 2010

Pour l’athée, naître c’est apparaître, et mourir, c’est disparaître. Pour le sage, vivre c’est comprendre et apprendre à mourir. Pour le croyant, vivre c’est apprendre à mourir et mourir pour enfin vivre.

Pour l’athée, vieillir c’est s’étendre; pour le sage, c’est se détendre; pour le croyant, c’est attendre.

Entre la naissance et la mort, la vie. Vivre, c’est apprendre, et apprendre, c’est grandir, comprendre.

Seuls les poètes et les fous refusent de grandir.

Les trois âges de la vie et la mort, 1541-1544, Hans Baldung (1484-1545)

Les trois âges de la vie et la mort,

1541-1544

Hans Baldung(1484-1545)

« Il suffit d’un professeur et d’un seul
pour nous sauver de nous-mêmes »

                                                                            Daniel Pennac

 

« Il y a du prêtre chez Baudelaire », nous disait en souriant notre professeur de français au collège, le père Ouellet, un homme encore très beau, sportif, cynique à ses heures, féru de littérature, de philosophie autant que de peinture.

C’est lui qui m’a fait découvrir Anne Hébert, Alain, Borduas. Il aimait aussi beaucoup Marie-Claire Blais, plus particulièrement le personnage de Jean-le-Maigre dans « Une saison dans la vie d’Emmanuel » : « Il faudrait bien que madame Blais se décide un jour à publier les poèmes de Jean-le-Maigre », répétait-il, convaincu que la jeune auteure prodige finirait par lui donner raison.

« Marie-Claire Blais et Anne Hébert n’ont pas fini de régler leurs comptes avec la religion », professait-il, narquois. « Et la littérature ne s’en porte que mieux! » concluait-il, arborant toujours le même sourire.

Chaque fois que je regarde le portrait que Nadar a fait de Baudelaire, je pense au père Ouellet, à ses cheveux blonds et bouclés, à ses yeux bleus, à cet air étrange qui allumait soudain son regard quand il nous lisait en classe « La Chevelure » de Baudelaire :

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,

Tout un monde lointain, absent, presque défunt,

Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!

Comme d’autres esprits voguent sur la musique,

Le mien, ô mon amour! Nage sur ton parfum.

Baudelaire lui-même ne devait pas lire autrement. On devinait à quel point les femmes lui manquaient. Il régnait alors dans la classe un tel malaise qu’on s’attendait à ce qu’il nous annonce à la fin de la période qu’il allait enfin défroquer!

Je crois que le père Ouellet serait heureux d’apprendre que je suis devenu professeur et que j’enseigne aujourd’hui la littérature dans un collège. Ou peut-être serait-il déçu d’apprendre que je ne suis pas devenu écrivain.

J’aimerais bien savoir ce qu’il pense des derniers romans de Marie-Claire Blais, ceux que la critique encense, mais que personne ne lit.

Baudelaire — 14 mars 2010

Les Fleurs du mal, 1857, Charles Baudelaire (1821-1867). Édition illustrée par Henri Matisse, 1944

Les Fleurs du mal, 1857

Charles Baudelaire

(1821-1867)

Édition illustrée par Henri Matisse, 1944

Les dimanches — 16 mars 2010

C’est aujourd’hui mon anniversaire : j’ai 53 ans. Mes amis me disent que c’est un beau chiffre. Les gens sont parfois très gentils, surtout quand c’est notre anniversaire.

Je suis au collège, en train de surveiller un examen de littérature. Pour ne pas les perturber, je n’ai pas dit à mes étudiants que c’était aujourd’hui mon anniversaire, que j’avais 53 ans, que j’étais fatigué d’enseigner, que je ne désirais plus qu’une chose : écrire! Je ne leur ai pas dit que les anniversaires me rendaient triste, que j’ai toujours détesté ma fête.

Les anniversaires sont comme des dimanches : on les aimerait davantage si le lendemain ce n’était pas lundi! Les lendemains d’anniversaires ressemblent à des lundis : on n’a jamais le cœur à la fête.

Vieillir ne me fait pas peur, ne me rend ni triste ni heureux. Enfant, j’étais déjà vieux, ne jouant à rien, attendant deux mois à l’avance la fin des vacances pour pouvoir enfin retourner à l’école.

J’ai su très tôt que j’allais devenir professeur. À six ans, déjà, mon choix était fait. Dès que je suis rentré de ma première journée d’école, j’ai dit à ma mère que je voulais être professeur, « comme mademoiselle Anne-Marie Plamondon », de qui je suis tombé follement amoureux, dès qu’elle a prononcé mon nom pour la première fois. Ma mère était déçue : je lui avais toujours fait croire que je voulais devenir un « père blanc d’Afrique ».

À l’école, je porte une chemise blanche, une cravate rouge, un blazer bleu marine et des pantalons gris, comme tous les garçons de ma classe. J’aimais l’école, parce qu’on pouvait « s’habiller en dimanche » tous les jours de la semaine et, surtout, parce qu’on n’était pas obligé de jouer à n’importe quoi ou à rien. Moi, après l’école, je jouais à l’école avec ma petite sœur à qui j’enseignais l’alphabet, le Petit catéchisme et l’arithmétique.

Je n’ai jamais vraiment quitté l’école : j’ai aujourd’hui 53 ans et j’y suis encore! Chaque fois que je passe la brosse sur le tableau noir, je pense à mademoiselle Anne-Marie Plamondon, et à ma mère.

Marilyn Monroe (1926-1962)

Marilyn Monroe

(1926-1962)

Lien vers:

Happy Birthday Mister President,

19 mai 1962

Je ne sais pas s’il existe un paradis pour les animaux morts, mais j’aimerais revoir un jour tous ceux que j’ai aimés : mes chats, mes oiseaux, mes tortues, mes poissons.

Piano, mon chat noir, qui n’a jamais compris qu’il était castré et qui partait trois jours sans m’avertir; Annie-la-folle, ma chatte tigrée, la chasseresse sans pitié, qui chaque jour déposait à mes pieds un pigeon, une souris et, les jours de disette, une sauterelle ou un papillon.

Ici-tout-de-suite, ma perruche arlequin bleue et blanche, qui aimait tant se poser sur mon épaule quand je faisais la vaisselle et qui répétait ad nauseam son nom jusqu’à ce que je lui dise combien je l’aimais; Jaunisse, mon canari qui vécut près de quatorze ans, et qui chanta jusqu’au jour de sa mort; Azote liquide, ma tortue, un monstre qui engloutissait n’importe quoi; Victoire, ma carpe japonaise, que je retrouvais chaque printemps après de longs mois d’hibernation, plus grosse et plus vigoureuse que jamais.

Piano, devenu aveugle, a dû être euthanasié; Annie s’est fait happer par une voiture. Quant à Victoire, elle n’a jamais pu s’acclimater à son nouveau bassin.

Je ne sais ce qu’aurait été ma vie, mon enfance, sans la présence réconfortante des animaux à mes côtés.

Je ne sais pas non plus si je retrouvai, après ma mort, mon frère et ses chiens, mon grand-père et ses chardonnerets, mon ami Christian et ses rats.

Je ne sais qui des fleurs ou des animaux me manqueront le plus après ma mort.

Les animaux morts — 17 mars 2010

Noé envoie une colombe sur la terre, gravure du XIXe siècle, Gustave Doré (1832-1883)

Noé envoie une colombe sur la terre, gravure du XIXe siècle

Gustave Doré (1832-1883)

Porte de garage double — 17 mars 2010

Dans un restaurant Tim Hortons, sur la Rive-Sud, avant mon rendez-vous chez le dentiste, j’écoute les conversations.

Deux vieilles amies, qui n’ont apparemment strictement rien à se dire, racontent ce qu’elles feront peut-être en fin d’après-midi, « advenant que le stationnement extérieur ne soit pas trop bondé ».

J’entends et je note : « On marchera le reste à pied. »

Elles ignorent que je les épie, que je les ai choisies expressément, elles, pour que je puisse écrire dans mon carnet quelque chose, quelque chose qui ressemblerait à de l’écriture « vivante », du pittoresque, du croqué sur le vif, de la matière brute, bref. Mais je n’entends rien à leurs propos.

« On marchera le reste à pied », dit celle qui porte des lunettes qui ne lui vont pas du tout. L’autre l’écoute, béate, et je remarque que sa lèvre inférieure tremble anormalement.

Cette phrase ne me sort plus de la tête : « On marchera le reste à pied. » Je manque la suite de la conversation. J’aurais envie de leur demander : « Excusez-moi, mesdames, combien de temps pensez-vous marcher, vous comprenez, je suis écrivain et j’ai besoin de savoir ce que font les gens si je veux continuer à écrire des livres. Tant que je ne saurai pas le temps précis que durera votre marche, je ne pourrai jamais achever ce canapé. »

J’ai vécu plus de dix ans en banlieue. On s’y ennuie tellement que j’ai déjà surpris un homme en grande conversation avec sa porte de garage fraîchement repeinte. Un garage double.

Publicité de Tim Hortons

Hier, le thermomètre est monté à 14 degrés Celsius. Un record de tous les temps. Plus la planète souffre, plus les gens sont contents. On annonce la même température aujourd’hui. À la radio, les météorologues parlent de « printemps hâtif ». L’expression me fait sourire : c’est comme si l’on parlait d’un éjaculateur précoce! On ne mesure jamais assez le poids réel des mots!

Je suis dans l’attente de la naissance de ma petite-nièce Laurie-Rose qui s’obstine à préférer le ventre de sa mère à la chaleur du soleil. Si j’étais bouddhiste, je pourrais penser que mon frère, décédé l’été dernier, a décidé de se réincarner. C’est tout à fait son genre.

Printemps hâtif — 17 mars 2010

Blow 1, 2001, Win Delvoye,

Blow 1, 2001

Wim Delvoye,

Bruxisme et Halitose — 17 mars 2010

Mon dentiste me demande si je grince des dents la nuit. Comment le savoir? Je lui réponds à la blague que la nuit, en principe, je dors, parfois même si profondément que mon conjoint doit me réveiller tellement je ronfle. « Les nuits ne sont pas aussi silencieuses que la plupart des gens veulent bien le croire », me dis-je, pour moi-même.

« Bruxisme » est le terme exact qu’il emploie : mouvement inconscient de friction des dents. Bruxomanie. Il utilise également le mot « halitose » pour parler de mauvaise haleine. On ne reconnaît pas un professionnel de la santé seulement à ses honoraires.

Bruxisme et Halitose, on dirait le titre d’une tragédie grecque! Je le lui dis et il sourit de toutes ses dents. Mon dentiste se passionne pour la littérature. Je lui dis encore : « Un dentiste qui sourit de toutes ses dents, est-ce un pléonasme? » Il rit cette fois à gorge déployée.

Quand je suis couché de tout mon long sur une chaise de dentiste, je finis presque toujours par m’endormir : j’en profite pour faire des rêves éveillés. Je pense à tous ces gens qui dépensent une fortune chez le dentiste : « À quoi cela peut-il bien servir d’avoir des dents parfaites quand on a un menton proéminent ou la mâchoire saillante? À quoi cela peut-il bien servir d’avoir les dents les plus blanches en ville si l’on souffre d’halitose? » Mais je me garde bien d’en parler à mon dentiste.

Au bout d’un moment, je suis entraîné bien malgré moi dans une réflexion beaucoup plus profonde : ma propre mort! Je me vois, en effet, étendu sur un lit, comme aspiré par le plafond de la chambre (est-ce la mienne ou celle d’un hôpital?), courant après mon souffle, parfaitement conscient que je vis les derniers instants de ma vie, mais de manière tout à fait décontractée. JE COMPTE CALMEMENT LES DERNIÈRES RESPIRATIONS DE MA VIE EN SOURIANT PRESQUE, convaincu plus que jamais que mourir est facile, qu’il suffit de se laisser aller, d’être aspiré par le ciel et de disparaître à tout jamais. Car, qu’est-ce au fond que mourir, sinon partir pour très longtemps, sans avoir à se soucier, pour une fois, de faire ses bagages?

Je me suis presque endormi. J’ai pensé ensuite à Ti-Lou, la « louve » d’Ottawa, personnage d’un roman de Michel Tremblay qui, sentant venir sa mort, se traîne jusqu’à la fenêtre pour voir une dernière fois le soleil se coucher, et qui meurt debout! Puis, j’ai pensé à ma grand-mère, morte elle aussi debout, en lavant ses vitres!

Photo de dentiste

Sur le tabouret où je suis assis, dans ce bar où tous les vendredis je viens enterrer la semaine, quelqu’un a laissé son numéro de téléphone : (450) 205-7217. Le numéro est écrit à l’encre noire, à même le cuir rouge. J’ai envie d’appeler :

« Bonjour, c’est moi…

— Heu… Je ne te replace pas…

— On s’est rencontrés hier au bar. Tu as laissé ton numéro de téléphone sur le banc où j’étais assis.

— Ah! Daniel?

— Non, Serge!

— Désolé, je ne m’en souviens plus.

— Pourtant, tu m’as embrassé. On s’est embrassés longtemps même… Tu embrasses bien…

— Merci, t’es gentil. »

Ça pourrait continuer comme ça pendant des heures, mais je décide illico que cette rencontre n’aura pas de lendemain; c’est moi qui décide et je n’ai pas de temps à perdre avec des histoires sans lendemain.

De toute façon, Serge a un amant, et l’autre, David, est marié. La femme de David ignore que son mari couche avec des hommes. Comment d’ailleurs pourrait-elle s’en douter, ils font l’amour régulièrement et ils ont eu trois beaux enfants? David n’a jamais osé le dire à sa femme, mais quand il veut se payer une bonne baise, c’est un homme qu’il choisit comme partenaire. De plus, David pense que ses enfants seraient très malheureux si jamais ils apprenaient que leur père a une double vie.

C’est une histoire bien triste, une histoire rouge et noire, une autre, comme on en trouve tant dans la vie, dans les campagnes, dans les banlieues, dans les villes, dans les romans. Des histoires qui n’en sont pas vraiment puisqu’elles ne commencent jamais réellement. À quoi ressembleraient nos vies si l’on se mentait moins?

David n’a jamais aimé sa femme; il s’est marié pour faire plaisir à son père (qui lui aussi trompait sa femme). Quant à Serge, il ne veut tout simplement pas avouer à son amant (qui le trompe, lui aussi, avec son meilleur ami) qu’il s’ennuie avec lui, que leur vie de banlieue est nulle. Madame Bovary, c’est lui.

Le numéro de téléphone — 19 mars 2010

Couverture du livre Le Rouge et le Noir, 1830, Stendhal (1783-1842)

Le Rouge et le Noir, 1830

Stendhal

(1783-1842)

Apollon guidant le char su Soleil et précédé d'Aurore, 1614, Guido Reni (1575-1642)

Les chevaux du ciel — 19 mars 2010

Dans ce même bar où j’attends mon ami J*** et mon amant A***, j’écris : « Rentrerai-je encore à quatre pattes ce soir? » Puisque j’ai décidé de tout dire, avouons-le : je ne crois pas que ce genre de phrase puisse un jour se retrouver dans un manuel de grammaire! Il semblerait, à me relire, que le manuel de grammaire soit pour moi une véritable obsession! De vieux relents d’éducation puritaine, sans doute. Qu’importe, « Rentrerai-je encore à quatre pattes ce soir? » est une phrase grammaticalement correcte.

J’improvise ce canapé autour du thème du printemps. Rien ne m’inspire autant que le soleil, rien ne me rassasie tant! Je me sens comme Apollon guidant le char du Soleil, rien ne peut m’arrêter. Moi, plus spécifiquement, c’est le quotidien que je tire par les chevaux, car j’ai toujours pensé que le quotidien, s’il n’est pas tiré un peu par les chevaux (sic), ne présente aucun intérêt. À moins d’être un moine bouddhiste. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, je persiste à écrire.

C’est comme pour l’amour, le sexe ou l’opéra : il faut y croire beaucoup si l’on veut en profiter pleinement. En général, les gens ont peur de vivre, comme ils ont peur de la mort. Pour ne pas craindre la vie, il faut la folie d’un libertin; pour ne pas craindre la mort, il faut la sagesse d’un philosophe. La mythologie ne nous apprend pas autre chose : même les dieux finissent par connaître l’Ennui! Et ils sont prêts à renier leur sang pour se payer une aventure sans lendemain avec la plus insignifiante des mortelles.

On est toujours le dieu de quelqu’un d’autre. Et Dieu lui-même doit douter par moments de sa Toute-puissance. Cela me réconcilie avec la vie, et avec Lui aussi.

A***, le dieu de l’Amour, se pointe enfin, suivi de près par J***, le dieu de l’Amitié.

Apollon guidant le char su Soleil et précédé d'Aurore (detail), 1614, Guido Reni (1575-1642)

Apollon guidant le char du Soleil et précédé d'Aurore (détail), 1614

Guido Reni

(1575-1642)

Apollon guidant le char du Soleil et précédé d'Aurore, 1614, Guido Reni (1575-1642)

Je ne comprends pas le monde : ou je suis trop candide, ou je suis trop cynique. Rousseau versus Voltaire, vieux dilemme des Lumières.

Moi, je préfère Montaigne, Pascal, Bobin, la marquise de Sévigné, Proust, Marguerite Duras, Baudelaire, Mallarmé, Diane Dufresne, Riopelle, Brel, Annie Ernaux, Matisse, Baudelaire, Picasso, les chats, Andy Warhol, les oiseaux, la lasagne, mon ami A***, Paris, Purcell, l’été, la bière, le soleil, ma mère, les géraniums. Et rien ne me transporte plus que la douceur de la peau humaine. Je suis un poète. Et, n’en déplaise à Simone de Beauvoir, on naît poète!

Je crois qu’il n’y a rien de plus beau sur la planète terre qu’un soir d’été, que l’on ait 5, 10, 20, 30, 40, 50, 60, 70, 80, 90 ou 100 ans!

Je crois qu’il n’y a rien de plus beau qu’un soir d’été, que l’on soit papillon ou chenille; je crois qu’il n’y a rien de plus beau que la lumière.

Dilemme — 19 mars 2010

Sainte-Chapelle, Paris, Crédit photo: André Lebeau, 2009

Sainte-Chapelle,

Paris

 

Crédit photo:

André Lebeau,

2009

« Que sont mes amis devenus? » — 19 mars 2010

Si je n’écrivais pas, je crois que je suffoquerais.

« Mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire? », écrivait Rilke à son jeune correspondant. Certes non, mais on peut être mort tout en étant vivant.

Les écrivains, en pensant à notre place, nous obligent à revoir notre vie; ils nous forcent à nous remettre sans cesse en question : « Il suffit d’un professeur et d’un seul pour nous sauver de nous-mêmes », confesse Daniel Pennac dans son très beau livre « Écrire ».

Les écrivains sont toujours plus ou moins fous. Certains s’en remettent, d’autres pas. Il y a des écrivains heureux qui sont des hommes malheureux. Rutebeuf, par exemple. Et l’on trouve aussi beaucoup d’écrivains malheureux qui sont malheureux. Virginia Woolf, par exemple.

Couverture du livre Poèmes de l'infortune et poèmes de la croisade, Rutebeuf (vers 1230-1285)

Poèmes de l'infortune et poèmes de la croisade

Rutebeuf (vers 1230-1285)

Chaque année, au printemps, j’ai des fourmis dans les jambes, des envies de poèmes, les ailes me démangent, je parlerais aux mouches; pour un peu, je prêterais main-forte aux oiseaux pour les aider à bâtir leur nid; je soufflerais sur les bourgeons pour accélérer leur éclosion; je me roulerais dans l’herbe avec les chiens et je sauterais à la corde à danser toute la journée rien que pour retrouver, ne serait-ce qu’une seconde, l’innocence de mon enfance.

Il est temps, pour moi aussi, de rebâtir mon nid. Ou de me faire couper les cheveux.

Printemps — 21 mars 2010

Le Printemps, 1477-1478, Sandro Boticelli (1445-1510)

Le Printemps

(détail)

1477-1478

Sandro Boticelli

(1445-1510)

Le Printemps, 1477-1478, Sandro Boticelli (1445-1510)

Les pigeons — 31 mars 2010

Écrire à tout prix. Journée grise et pluvieuse, la dernière de mars. Je suis à Longueuil. Écrire peut-être sur « la laideur des faubourgs ». C’est à se demander si l’on ne reverra jamais le soleil.

J’observe les gens, leur regard hagard, leurs traits tirés; chez certains, l’anxiété, l’angoisse sont presque palpables. Les gens ont des visages de pierre.

On pourrait aussi se questionner à mon sujet, se demander ce que je fais ici, à Longueuil, à 8 h 10 le matin, un mercredi. Habillé comme je suis, long paletot noir, chaussures noires, écharpe noire, lunettes noires, j’ai l’air d’un détective, d’un inspecteur. Quelqu’un qui écrit en public attire autant la considération que la suspicion. Je ne suis ni tout à fait un détective, ni tout à fait un inspecteur, mais c’est tout comme : je suis un détecteur, un détecteur de poésie.

Pas facile de détecter la poésie dans une ville comme Longueuil! Il y a toujours les pigeons, gris, comme dans toutes les villes du monde, belles ou laides : « Les pigeons gris sont les yeux bleus de la ville*. »

8 h 19 : mission accomplie. Quand on parle du soleil, les oiseaux ne sont jamais bien loin.

__________

* Denis Payette, Un goût de vanille et d’infini, Éditions du Vermillon, 2005

Le thérapeute, 1937 ou 1941, René Magritte (1898-1967)

Le thérapeute, 1937 ou 1941

René Magritte

(1898-1967)

Dans la ruelle, des enfants jouent au ballon. Je connais leur nom : Romain, l’aîné, Quentin, le cadet. Ils ont tellement grandi cet hiver que j’ai peine à les reconnaître.

Dans un an ou deux, au plus tard, Romain abandonnera son petit frère à ses jeux puérils; c’est à peine s’il remarquera à son tour qu’il a grandi lui aussi.

Pour le moment, ils partagent la même chambre, le même lit, et Romain se sent de plus  en plus à l’étroit. Quentin s’endort dès qu’il pose la tête sur son oreiller; Romain tarde de plus en plus à trouver le sommeil et ses nuits sont agitées.

Romain voudrait pouvoir dormir nu, mais la chaleur du corps de son petit frère blotti contre le sien l’indispose.

En mai, en juin, au plus tard, Romain donnera rendez-vous à Amélie. Ils s’embrasseront dans le hangar et, plus tard, passant par la ruelle, Romain raccompagnera Amélie jusque chez elle. Ils se tiendront par la main.

Au beau milieu de la nuit, Quentin posera sa tête sur l’épaule de son grand frère. Dans un demi-sommeil, Romain lui caressera les cheveux.

Romain et Quentin — 2 avril 2010

Corde à linge

La nudité — 2 avril 2010

Pourquoi éprouve-t-on le besoin de se cacher lorsqu’on est nu? Pourquoi les femmes nues marchent-elles toujours sur la pointe des pieds? Pourquoi les bébés nus sourient-ils toujours? Pourquoi habille-t-on les morts?

Je n’aime rien tant que d’exposer mes pieds nus au soleil, l’été; je n’aime rien tant au monde qu’un pied humain. Tchouang-tseu nous apprend que « L’homme véritable respire avec ses talons »; à rapprocher de Nietzsche qui écrit que « Seules les pensées qui vous viennent en marchant ont de la valeur ».

Dans « La Traversée des sentiments », troisième volet de « La Diaspora des Desrosiers », Michel Tremblay fait dire à Rose, la tante de Nana : « Un homme tout nu, y a rien de plus beau au monde. » Je regrette de ne pas avoir écrit cette phrase.

Je ne m’intéresserai aux Jeux olympiques que lorsque les athlètes recommenceront à compétitionner nus, comme en Grèce, à l’époque où l’on vénérait la beauté pour ce qu’elle était.

Ce texte m’est venu en marchant.

Couverture du livre: Le rêve du papillon, Tchouang-tseu (IVe siècle avant J.-C.)

Le rêve du papillon

Tchouang-tseu (IVe siècle avant J.-C.)

Ça y est, c’est presque arrivé. Je crois que je suis en train de devenir alcoolique! Ou écrivain. Je ne sais plus ce qui, entre l’alcool ou les mots, me grise le plus.

Avec mon t-shirt de Superman, mes cheveux mal coiffés, mes lunettes Oakly, ma cigarette et ma bière, je ressemble de plus en plus à Denier Vanier, les tatouages en moins.

Lire Jack Kerouac, Victor-Lévy Beaulieu, Marguerite Duras, c’est comme boire du bourbon, du champagne ou une Heineken. Écrire m’enivre et m’enivrer me fait écrire, même si je sais qu’il faut écrire pour s’enivrer et non pas s’enivrer pour écrire.

Comme tous les écrivains, tous les alcooliques, j’ai une prédilection marquée pour le feu : tout ce qui brûle m’attire, l’alcool, comme les cigarettes; tout ce qui brûle m’allume (sic), me transporte, me déporte. Un écrivain vit toujours plus ou moins dangereusement. Je sais qu’un jour, je me liquéfierai complètement.

Il y a des livres dans lesquels le feu remplace l’encre.

Alcoolisme — 2 avril 2010

Denis Vanier (1949-2000)

Denis Vanier (1949-2000)

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Josée Yvon

La coche littéraire — 2 avril 2010

Hier, puisqu’il faut dater l’événement, je crois que « j’ai pété ma coche », comme on dit ici. Ma coche littéraire, s’entend.

Je marchais tout en méditant cette phrase de Sœur Emmanuelle : « Il est merveilleux de se laisser posséder par la folie d’amour que chacun de nous est appelé à vivre », lorsqu’un écureuil, s’agrippant à son arbre comme s’il était en train de lui faire l’amour, me fit réaliser à quel point la religieuse voyait juste. Voulant lui rendre hommage, j’ai noté ce qui suit : « Les écureuils ne sont pas des oiseaux et pourtant ils volent! »

J’ai ralenti le pas; il me semblait que je tenais là un filon. Puis, j’ai poursuivi mon investigation et noté ceci : « Les arbres marchent quand nous les aimons! »

Je pris alors conscience que le printemps était enfin arrivé pour de bon.

Sœur Emmanuelle disait aussi : « Il suffit d’aimer! Ce que je veux, c’est péter de joie! »

Volcan en éruption

J’ai étendu mes draps sur la corde. Ils claquent au vent. Des draps roses avec des pastilles multicolores.

Pour faire rire A*** quand il est triste, je mets mon nez de clown et je l’invite à venir me rejoindre dans mes draps roses à pastilles multicolores.

Avec mon nez rouge, dans mes draps roses à pastilles multicolores, j’ai l’air d’un clown cynique. Notre chambre se transforme bientôt en un petit théâtre pervers.

A*** finit par retrouver sa joie de vivre. La crise d’anxiété est passée.

Mon nez de clown et mes draps roses à pastilles multicolores valent bien tous les anxiolytiques et les antidépresseurs en vente sur le marché.

L’été, nous dormons dans des draps verts piqués de hérissons jaunes.

Le clown — 3 avril 2010

Monsieur Loyal, de la série Jazz, 1947, Henri Matisse (1869-1954)

Monsieur Loyal, de la série Jazz, 1947

Henri Matisse

(1869-1954)

Écrire le soleil — 3 avril 2010

Écrire : « Le Soleil, je n’ai jamais autant prié un dieu. » Même sans majuscule, le soleil brille tout autant.

Chaque année, au printemps, j’ouvre une bouteille de porto et j’allume un cigare cubain en mémoire des Mayas conquis et massacrés par des demi-dieux de pacotille aussi sanguinaires qu’avides d’or. L’homme n’est pas seulement un dieu déchu; c’est le plus déchu des dieux.

Aux équinoxes du printemps et de l’automne à Chichén Itzá au Mexique, chaque année, Kukulkan, le Serpent à plumes, renaît avec le Soleil.

Les dieux des blancs se font beaucoup plus rares de nos jours, tout comme les serpents.

El Castillo, Chichén Itzá, Mexique

El Castillo,

Chichén Itzá,

Mexique

 

Crédit photo:

André Lebeau,

2003

Je suis assis au parc Laurier et j’observe un enfant qui ne doit marcher que depuis quelques mois seulement. Le petit homme ne quitte pas des yeux ses bottines. Il s’appelle Arnaud. Il porte un jacquet en jeans et un casque de vélo. Il semble prendre conscience pour la première fois du vaste monde qui se déploie à ses pieds à l’infini. Il vacille un peu, retrouve vite son équilibre, et repart pour la plus grande aventure de sa vie.

Si seulement il pouvait parvenir à s’approcher de ce curieux animal qui le regarde de ses yeux fixes tout en roulant quelque chose dans ses petites pattes velues sans l’effrayer. Le petit humain ralentit son pas et fixe à son tour la bête rousse à la queue touffue. Arnaud est maintenant tout près : il ne bougera plus.

Plus tard, il sera explorateur et il découvrira de nouveaux mondes. Son père ne le sait pas encore, même s’il trouve que son fils, avec ses bottines trop rigides et son casque de vélo trop grand pour lui, a l’air d’un astronaute.

Un jour, Arnaud pourra nous dire s’il y a vraiment de la vie ailleurs, de l’eau, des arbres, et des écureuils interstellaires.

Les écureuils interstellaires — 4 avril 2010

Affiche du film E.T. l'extraterrestre, 1982, Steven Spielberg

E.T. l'extraterrestre

1982

Steven Spielberg

Les mammifères heureux — 4 avril 2010

Si les dinosaures n’étaient jamais disparus,
les mammifères ne seraient jamais apparus.

Dans chaque homme sommeille un chasseur;
dans chaque femme, une cueilleuse.

L’esprit de l’homme est toujours en alerte;
celui de la femme, toujours en éveil.

Parfois, c’est la femelle qui chasse :
chez les lions, entre autres, et quelquefois chez les hommes.

Quand les hommes se font cueilleurs,
on les appelle des Hommes-Fleurs.

Dans la nature, le couple est une nécessité;
dans la société humaine, c’est un idéal.

S’accoupler, c’est former un couple;
former un couple, c’est s’aimer.

De tous les mammifères, l’homme est le plus intelligent;
mais c’est souvent, hélas, le plus malheureux.

Le chien est vraiment le meilleur ami de l’homme :
aucun autre animal ne l’apprécie mieux.

Les hommes, comme les animaux, marchent souvent par deux;
les hommes, côte à côte, les animaux l’un derrière l’autre.

Je suis un mammifère,
un mammifère heureux.

Mammouth

Dans un café du quartier Centre-Sud à Montréal, en ce dimanche de Pâques, en compagnie de A***, j’improvise ce canapé. L’endroit est bondé. À voir leur air, on devine que les serveurs auraient préféré ne pas travailler aujourd’hui.

Un barbu, les yeux rivés à l’écran de son portable, lit ses courriels. L’odeur de café n’arrive pas à masquer les notes joyeuses du parfum Tsar, de Van Cleef & Arpels, le préféré de A***, son arôme boisé, épicé, qui me fait toujours penser à Colin quand il dit à Chloé dans « L’écume des jours » de Boris Vian : « Vous sentez la forêt, avec un ruisseau et des petits lapins. » J’ai toujours aimé l’odeur de la mousse des bois, des fougères, des cèdres et celle des champignons; j’aime les hommes qui sentent la forêt, les barbus qui sentent le sous-bois.

Dans mon carnet, je griffonne une première phrase que je m’empresse aussitôt de faire lire à A*** : « Le gars à l’ordi, j’aurais envie de lui demander si je peux caresser sa barbe. » En guise de réponse, A*** se contente de sourire, trop absorbé par la lecture du journal.

Dépité par le peu d’enthousiasme de mon ami, je me remets à l’écriture. Je note en vitesse la phrase suivante que je montre à nouveau à A*** : « Le gars à l’ordi, il porte le même parfum que toi : Tsar, de Van Cleef &Arpels. » A***, agacé, soupire. J’attaque de nouveau : « Le gars à l’ordi, je l’ai déjà embrassé! » À bout de patience, A*** referme le journal d’un geste brusque, s’empare de mon carnet, de ma plume, et écrit ce qui suit : « Le gars à l’ordi, je l’ai déjà embrassé moi aussi; j’étais même avec toi! »

A*** reconstitue fidèlement la scène dans mon carnet. Le beau barbu s’est approché de moi, puis il a glissé voluptueusement sa main dans ma chemise, il m’a embrassé longuement, puis il t’a regardé en souriant. Du revers de la main, tu as effleuré sa joue. Il a continué à m’embrasser pendant un moment, puis il a ensuite posé ses lèvres sur ton cou. Il n’y a eu aucune parole échangée. C’est ainsi que l’accord s’est conclu. Tu lui as même dit, rappelle-toi : « Vous sentez la forêt, avec un ruisseau et des petits lapins », et il a rétorqué, cynique : « Tsar, de Van Cleef et Arpels. Va pour la forêt et le ruisseau, mais les petits lapins… »

Le gars à l’ordi referme son portable. Il jette un regard en notre direction, semble nous reconnaître. Il nous sourit J’aurais envie de lui souhaiter Joyeuses Pâques!

Triolisme — 4 avril 2010

Bouteille de parfum Tsar

Une entreprise titanesque — 4 avril 2010

Le Titanic

Il y aura un an, le 22 avril prochain, j’achevais l’écriture d’un roman. Une entreprise titanesque, amorcée en 2003 et achevée six ans plus tard. Jamais un texte ne m’aura coûté autant d’efforts. Il m’aura fallu pas moins de trois demi-années sabbatiques pour en venir à bout!

Quand j’ai apposé le point final au bas de la page 150, le 22 avril 2009, j’ai poussé un grand soupir de soulagement. Mais ce que j’ai éprouvé par la suite ressemblait davantage à de l’angoisse qu’à de la satisfaction. J’avais l’étrange impression d’avoir commis un péché grave. Dieu, contemplant sa création, ne devait pas se sentir plus anxieux. Au sens littéral, j’ai commis un roman.

Il s’agit, à proprement parler, plus d’une confession que d’une véritable fiction : autofiction, pour utiliser un terme à la mode, conviendrait sans doute mieux. Ce roman, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, est en quelque sorte un acte de contrition. Si j’ai offensé quelqu’un, qu’on veuille bien me le pardonner; si c’est Dieu que j’ai offensé, je lui demande ici l’absolution.

Pour dire vrai, c’est un roman d’amour que j’ai écrit. On ne peut pas écrire de romans sur un autre sujet. Même les romans policiers, les romans de science-fiction parlent d’amour. Mais là où je crois avoir vraiment commis un crime, c’est que mon roman d’amour est un roman d’amour qui finit bien. En fait, si j’ai péché, c’est seulement contre la littérature. Réinventer le monde, c’est toujours plus ou moins tenter le diable; c’est aussi, parfois, se prendre pour Dieu. J’assume pleinement le risque.

Quand j’ai placé le curseur sur l’icône « imprimer », j’ai compris que j’avais commis l’irréparable. Je ne pouvais plus reculer. Quelques jours après, complètement épuisé et en proie à une vague inquiétude romantique, je quittais Montréal pour Paris. Tout comme le protagoniste de mon roman, d’ailleurs.

« On ne fait pas de littérature avec de bons sentiments », écrivait Gide. C’est vrai. Mais on peut aussi se targuer de vouloir faire autre chose que de la littérature.

Je suis devenu un écrivain le 22 avril 2010.

Le Titanic

Le Titanic

Boîte à surprise

Chaque fois que je vois une femme enceinte, c’est plus fort que moi, j’ai envie de lui demander la permission de caresser son ventre. Les femmes enceintes ont quelque chose dans le visage, je ne sais trop, comme un surcroît de joie, qui me porte à sourire. C’est par leur ventre que les femmes enceintes sourient.

Je crois que cela tient à la fois de leur rondeur et de la tendresse presque surnaturelle qui émane de leur regard. Les femmes enceintes sont des melons d’eau gorgés d’amour, des melons de miel imprégnés de bienveillance.

Le ventre des femmes enceintes semble doté d’yeux. Personne ne peut résister au ventre d’une femme enceinte. Il y a dans les yeux d’une femme enceinte les yeux de quelqu’un d’autre : les femmes enceintes portent leurs enfants dans leurs yeux et dans leur ventre.

Pour parler à leur enfant, les femmes enceintes posent toujours leurs mains sur leur ventre en dessinant de larges cercles concentriques. Les femmes enceintes jouent du tambour sur leur ventre pour faire rire leur petit.

Les femmes enceintes sont des boîtes à surprise.

Les femmes enceintes — 13 avril 2010

L'Espoir I, 1903, Gustav Klimt (1862-1918)

L'Espoir I, 1903

Gustav Klimt(1862-1918)

La politesse anglaise — 20 avril 2010

Le Titanic

La politesse est aux Anglais ce que le vin est aux Français, ce que la bière est aux Belges : un art de vivre, une marque de commerce de prestige, un trait culturel distinctif. Tout comme les Asiatiques, les Britanniques sourient facilement, le plus naturellement du monde. À Londres, dans le métro, j’ai vu un homme qui souriait à ses chaussures! En Angleterre, même les chiens sourient!

Le flegme légendaire des Anglais n’est qu’une façade, un trompe-l’œil, fruit d’une éducation conservatrice et puritaine. Politesse et élégance vont toujours de pair. Charme anglais. Discrétion anglaise. Humour anglais.

Par définition, tous les Anglais sont des dandys : on n’a qu’à regarder leurs chaussures.

Dans le sourire d’un Anglais, tout le charme suranné du XIXe siècle; dans le sourire du Dalaï-lama, toute la bonté du monde.

Le sourire d’un Anglais brille comme ses chaussures.

Couverture du livre: Philosophie du dandysme, 2008, Daniel Salvatore Schiffer

Philosophie du dandysme, 2008

Daniel Salvatore Schiffer

J’ai toujours trouvé étrange et singulière cette manifestation de joie puérile et spontanée qui nous pousse à applaudir.

Je crois que, par définition, tout bonheur, toute joie est une pulsion héritée de la petite enfance. Applaudir n’est propre qu’aux humains et le geste s’accompagne toujours d’un léger sourire.

Il y a donc une bonté naturelle chez l’homme, et ce besoin d’exprimer sa satisfaction, son contentement, est parfois si impérieux que l’on préfère claquer des mains en guise de reconnaissance, de remerciement, d’appréciation, plutôt que de tenter de verbaliser sa joie, son bonheur.

Applaudir, c’est acquiescer à la beauté tout en restant humble, tout en s’effaçant devant le talent de l’autre; c’est participer à un sentiment de bien-être collectif où l’âme exulte. Les applaudissements sont le rire de l’âme, son sourire bruyant, ses mains : sourire, c’est reconnaître que le monde est beau.

Les mains de l’âme — 22 avril 2010

Édith Piaf en 1935 (1915-1963)

Édith Piaf
en 1935

(1915-1963)

 

Lien vers:

La foule

(Live, 1962)

 

Champagne — 23 avril 2010

Le Titanic

Les lilas sont le champagne du printemps : une explosion de joie. Un vin mauve, capiteux, qui nous met la tête et l’âme en liesse, un philtre d’amour.

Un seul lilas en fleurs équivaut à dix mille Hiroshima, un Hiroshima de fleurs, d’amour.

Je cherche à comprendre pourquoi j’aime tant les lilas : à cause de leur couleur, de leur parfum? Non. À cause de la couleur de leur parfum, précisément.

Lilas : parfaite adéquation entre la couleur et le parfum : les lilas sentent la mélancolie!

Au jardin D’Éden, moi, si j’avais été Ève, c’est une pleine brassée de lilas que j’aurais offerte à Adam, avant de l’embrasser, pas une pomme!

Comment ne pas penser à Pascal lorsqu’il écrit : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé*. »

__________

*Blaise Pascal (1623-1662), Pensées, (1670)

Explosion nucléaire à Hiroshima

Hiroshima

Les pruniers sont en fleurs et le vieux pommier ne devrait pas tarder non plus. Dommage que le ciel soit nuageux aujourd’hui, car j’aurais pu croire qu’ils s’étaient couverts d’étoiles durant la nuit..

J’aurais pu écrire : « Une pluie d’étoiles s’est abattue sur le prunier » ou « La baguette d’une fée a laissé de la poudre de perlimpinpin sur le prunier » ou « Quelqu’un a allumé le prunier hier soir et a oublié de l’éteindre ce matin. » C’est triste d’avoir à mentir pour se prouver qu’on est heureux.

La réalité finit toujours par reprendre ses droits : je suis obligé d’interrompre l’écriture de ce canapé, puisque le soleil trompeur, dardant tout à coup ses rayons sur la page de mon carnet, m’éblouit tant, que je ne vois même plus ce que je suis en train d’écrire.

Soleil trompeur — 23 avril 2010

Séraphine de Senlis (1864-1942)

Séraphine de Senlis

(1864-1942)

La Vierge verte — 23 avril 2010

Le Titanic

Le bleu du ciel, en avril et en mai, m’attendrit toujours : il me réconcilie avec l’espèce humaine. Avec le vert tendre des pelouses fraîchement ressuscitées, qui apaise tout autant, on finit par croire en l’humanité. Nous sommes vraiment faits pour le bleu du ciel.

Perspicacité du créateur : le bleu élève; le vert apaise. Le contraire eût été une grave erreur, un manque de discernement : un ciel vert nous aurait contraints à marcher tête basse. 

Si la Vierge avait porté une tunique verte, son culte n’aurait sans doute pas été aussi fervent. Il y a dans le ciel quelque chose de virginal.

La Vierge au coussin vert, vers 1507, Andrea Solario (1460-1524)

La Vierge au coussin vert, vers 1507

Andrea Solario(1460-1524)

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Feuilles, 1928-1929, Séraphine de Senlis (1864-1942)

Feuilles, 1928-1929,

Séraphine de Senlis (1864-1942)

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Zone de Texte: Lisez maintenant mes textes sur mon blogue « Au soleil, je suis toujours dans la lune »
où j’écris, pour le plaisir d’écrire, des phrases avec beaucoup de virgules.