Denis Payette

« Je suis un peintre qui écrit, mais j’aspire de plus en plus à devenir un poète qui peint. »

Revue de presse

Une étrange folie anime l’imaginaire poétique de Denis Payette. Face aux tremblements du monde amoureux, une voix fantaisiste s’oppose au drame intime à travers une dérision des plus loufoques. Dès les premières pages, la conscience bascule sans cesse entre le rêve et la réalité de celui qui apprivoise sa solitude intérieure. On entend comme une forme de tristesse ironique dans cette plainte carnavalesque des plus curieuses. Dans ce recueil intitulé Sinon pour forêt le silence, tout l’art de Payette s’appuie sur le rôle déstabilisant de l’image surréaliste. Il y a là un désir de surprendre à chaque strophe afin de mieux confondre le lecteur dans cette mosaïque d’émotions : « Le cœur / comme un lion captif / s’usant les flancs contre les barreaux de la mémoire / je dis / il faut des ailes de chaque côté du sexe / des panthères dans les hivers / des idées qui dérangent la rosée / des perles sur l’oreiller / des ventres roses et des melons / des nappes tachées et des fraises / et des enfants fous comme des loutres. »

Ponctué par l’éveil quotidien, ce dilemme existentiel n’hésite pas à faire un clin d’œil aux grands noms de la poésie française : de Rutebeuf à Michaux, en passant par Rimbaud et Baudelaire. D’ailleurs, il est assez surprenant de constater que cette poésie de l’artifice se réfère à toute une tradition européenne, plutôt qu’à l’Amérique mythique (comme c’est le cas chez Jean-Paul Daoust). Désormais, il y a dans cette approche des pistes intéressantes à suivre et à développer. Toutefois, on découvre certaines ficelles dans l’art de Payette. Malgré l’effet de surprise initial, plusieurs images demeurent aussi gratuites que primaires. On passe ainsi rapidement du meilleur au pire, au fil de ce premier recueil instable. Tout de même, la voix encore jeune de Denis Payette suscite déjà l’attention grâce à ses excès nécessaires.

Le Devoir — 19 décembre 1998 — Les révoltes du cœur — David Cantin 

Denis Payette nous vient du Québec et Un goût de vanille et d’infini n’est que son deuxième recueil. Ici également le thème est l’amour, mais la mort est très présente, même si un certain bonheur se dégage de chaque texte, dans une écriture curieusement sobre, presque froide dans sa précision. Il y a là une souffrance qui refuse de s’avouer. « Un être déchiré »? Je ne puis le croire: trop de nostalgie dans les évocations de l’enfance ou des soleils de l’été. Le poète a trop envie de renaître « chaque matin ».

Inédit nouveau (Belgique) — Numéro 199, février 2006